Lettre ouverte à une fille que j’aime
Ma chère amie,
Je t’écris parce qu’ainsi, je ne peux pas me défiler avec une farce plate. J’ai toujours eu beaucoup de difficulté à gérer les fortes émotions d’autrui et ce, bien malgré moi. J’ai toujours envié celles, comme toi, qui savent choisir les bons mots pour consoler une amie en peine.
Depuis deux ans, et même bien avant, tu ne l’as pas eue facile. Ton père, qui était un grand homme (et je ne parle pas de ses 7 pieds!), avait le malheur d’avoir une maladie rare qui lui donnait des tumeurs au cerveau à répétition… et les opérations qui venaient avec. De fille, tu es tranquillement devenue infirmière… et pratiquement une mère pour ta propre mère à un certain moment. La maladie, parfois, ça fait ça.
Et puis moi, j’étais là, surtout en pensée. Car je ne savais pas quoi faire. Je ne savais pas comment gérer tout ça. Tu ne m’en as jamais voulue de ne pas être plus présente physiquement car je crois que tu comprenais aussi bien ma déroute, que moi, ta douleur. Tu as été courageuse.
Quand ton père est décédé, ce fût un soulagement tout autant que ça a fait un grand vide. Vous étiez une famille tellement unie. Il fallait gérer ton chagrin en même temps que celui de ta mère qui avait perdu l’amour de sa vie. C’était pas facile.
Ton chum, à l’époque, avait commencé à trouver que t’étais un peu plate depuis le décès de ton père. Je ne sais pas. Peut-être qu’il était trop innocent pour comprendre que de perdre un père de qui on était aussi proche, un père qui était aussi un ami, à 20 ans, ça ne prend pas une journée ou deux pour s’en remettre. C’est un long cheminement. Il a choisi de ne pas rester pour t’épauler. Il a fui. Même qu’il a fui avec tes albums de famille. C’est à n’y rien comprendre.
Cette semaine, nous sommes allées souper ensemble. Tu m’annonces calmement, visiblement dépassée par les événements, que ton grand-père était condamné. Il était atteint de deux cancers. Et surtout, de quelle façon le médecin lui a appris la nouvelle :
(Hurlant presque car ton grand-père était un peu sourd) “MONSIEUR ? À quel endroit voulez-vous mourir?”
Même devant cette ignominie, tu as trouvé le moyen de voir le bon côté des choses : Au moins, il aurait le choix d’être traité chez lui ou à l’hôpital. Le fait de capoter ou non ne changerait rien, après tout, à son état de santé. Faudrait faire avec.
Finalement, il est décédé mardi. Le jour de ma fête. Même après avoir vu mourir ton grand-père et ta grand-mère hurler de désespoir pour que la mort l’emporte avec son mari, tu as trouvé la force de m’appeler et de me laisser un message joyeux de bonne fête sur ma boîte vocale. À ta voix, tu avais l’air franchement de bonne humeur. Je n’aurais jamais pu me douter qu’un autre malheur venait de t’arriver.
Je voulais juste te dire… Que j’ai beaucoup d’admiration et de respect pour le courage et la force dont tu as fait preuve ces derniers temps. Surtout devant le malaise et les niaiseries des autres.
Quand tu me racontes parfois qu’il y a des jours où tu trouvais ça dur, où tu demandais un congé ou de partir plus tôt du travail. Et que certain(e)s collègues, probablement pour bien faire, commençaient à te raconter comment elles avaient trouvé ça dur lorsqu’un tel ou un autre était décédé dans sa famille ou son entourage… Alors que toi, tu voulais juste qu’on comprenne et qu’on te dise que c’était correct, qu’on comprenait, qu’on te laisse aller te reposer un peu.
Je ne sais pas pourquoi le fait de vivre un deuil permet à tout le monde autour de venir te voir pour te confier leur deuil à eux qu’ils ont vécu. De ce côté-là, tu as eu l’air d’avoir donné en masse. Je suis impressionnée que tu n’aies pas pété de coche à un certain moment pour leur demander de juste fermer leur gueule.
C’est pour ça que j’ai pas commencé à te dire que je comprenais parce que je me rappelle comment je me suis sentie quand mon grand-père est mort. En ce moment, tu as toutes les raisons pour t’en foutre puis c’est légitime.
Je voulais juste que tu saches que je suis avec toi. Que je pense très fort à toi. Que je te comprends du mieux que je peux. Que je serai toujours là pour t’écouter et être là, même si je ne sais pas quoi te dire.
Je t’aime très très fort.
Noisette
P.S : Puis c’est toi qui tricote les plus beaux foulards… c’est pour ça que je le porte si fièrement ![]()




Jeudi, 6 mars 2008 à 2:50
Touchant, triste… courageuse amie…
Jeudi, 6 mars 2008 à 2:54
J’ai la gorge nouée…
Quel beau mot d’amour pour ton amie…
Elle est chanceuse de t’avoir dans sa vie!
Jeudi, 6 mars 2008 à 3:00
@ Détracteur Constructif : Courageuse tu dis? Mets-en! Elle m’impressionne…
@ Bouddica : Je suis surtout chanceuse de l’avoir, elle! Mais merci…
Jeudi, 6 mars 2008 à 4:24
Très émouvant…
Ta petite bouche fermée et tes grandes oreilles ouvertes font et feront du bien à ton amie.
Tes mots aussi.
Merci pour ce beau billet qui relativise d’autres histoires, d’autre ” drames” (avec de gros guillemets en caractère gras…).
Jeudi, 6 mars 2008 à 7:47
Ouf !!
Jeudi, 6 mars 2008 à 9:35
C’est un très beau billet Noisette. Je ne veux pas trop commenter, je me sens presque intruse dans cette belle marque d’amitié. Alors je souhaite seulement bon courage à ton amie et vous souhaite une longue et belle amitié …
Vendredi, 7 mars 2008 à 6:27
Je suis sans mots, merci du partage.
Vendredi, 7 mars 2008 à 9:08
Samedi, 8 mars 2008 à 10:49
C’est très touchant, ce billet, vraiment.
Dimanche, 9 mars 2008 à 6:18
Très beau billet chère Noisette… Comme Vegekat, je ne peux que souhaiter beaucoup de force et de courage à ton amie, et que votre belle amitié perdure au travers des aléas de la vie…
Lundi, 10 mars 2008 à 10:38
Merci… merci… vraiment…
Mercredi, 12 mars 2008 à 11:53
Bon, elle vient de me dire qu’elle l’a lu, elle était juste trop gênée pour commenter
Jeudi, 13 mars 2008 à 8:32
Touchant et criant d’amitié profonde et sincère…Mes sincères condoléances à ton amie, courage et force je lui souhaite…
Jeudi, 13 mars 2008 à 9:08
@ lusciousloba : Merci