Celle qui criait à l’aide…

blo_violence.jpg Hier soir, nous étions dans notre futur ex-appartement plus que mal isolé, dans notre lit, prêts à nous laisser emporter par le sommeil quand soudainement… la chicane éclate dans un logement collé au nôtre. Solide.

On entendait tout, comme si on y était. Cris, insultes, objets lancés par ci et par là…

On avait perdu l’habitude. J’étais sûre qu’elle l’avait laissé pour de bon, la dernière fois. Ça faisait quand même un bout qu’on avait la paix… du moins, pour cet aspect-là.

Et là, ça y est.

“Lâche-moi! LÂCHE-MOI!!”

Bruits de lutte entre les deux protagonistes. Femme qui hurle… et soudainement, son cri se perd dans un étranglement. L’étrangle-t-il? Est-elle essoufflée? Est-elle trop occupée à lutter? On ne sait pas. Ça commence à être perturbant.

Puis après quelques secondes :

“À L’AIDE! QUELQU’UN! AIDEZ-MOI! POLICE!”

Ou quelque chose du genre.

J’étais déjà debout dans l’intention d’aller le faire mais là, je croyais avoir le signal comme quoi c’était vraiment la chose toute indiquée à faire. J’ai pris le téléphone et j’ai composé le numéro de la police de quartier. La ligne était occupée. Bon. Comme elle avait demandé de l’aide, je me suis dit que c’était justifié de faire le 9-1-1.

J’explique brièvement la situation au téléphone, en spécifiant que la dame en question a demandé de l’aide et que selon ce qu’on pouvait entendre, c’était certainement un cas de violence conjugale.

rendez_vous_911_20.jpgPas plus de cinq minutes qui ont passées entre temps. La police s’est pointée.

Selon ce que j’ai pu comprendre, si je reconstitue les événements à partir de ce que j’ai entendu, des policiers ont frappé fortement à la porte tandis qu’un autre s’introduisait discrètement par une des fenêtres arrières de l’appartement. (Dans un cas comme ça, ils se sont sûrement dit qu’il valait mieux ne pas prendre de chance, surtout si la dame était en détresse.)

La dame ouvre calmement la porte aux policiers, comme si c’était la chose la plus normale du monde en demandant innocemment quel bon vent les amène. Les policiers s’informent à savoir si tout va bien entre elle et le monsieur avec qui elle est. Elle répond que tout va très bien, pourquoi donc cette question et cette visite impromptue?

Le calme est interrompu par le monsieur en question qui attendait (probablement) dans la chambre, comme un lâche, alors que le policier X qui s’est introduit par une fenêtre lui tombe sur la tronche. Hurlement de surprise et de protestation tout à la fois de la part du monsieur.

La dame qui accourt pour hurler qu’on lâche son chum.

Le policier qui explique que quelqu’un qui était inquiet suite à ses appels à l’aide répétés a composé le 9-1-1 pour les avertir de la situation.

La dame qui nie le tout, qui s’obstine. Elle en vient même à prétendre que le fait qu’ils se chicanaient était une pure invention.

Le cas classique.

J’étais dégoûtée.

Des cas comme ça, il en pleut. Je ne pense pas que ces femmes-là aiment ça se faire battre. Elles préfèrent probablement le “après” quand leur chum file doux comme un agneau et leur promet mer et monde. Elles doivent se dire que juste pour ces moments-là, ça vaut la peine d’endurer. Y’est tellement fin dans ce temps-là. C’est ce gars-là qu’elles aiment. Puis dans le fond, il faisait ça pour son bien.

J’ai hâte de déménager. Dans 10 jours.

Tannée de me battre pour des causes perdues… Puis de me faire lancer des regards menaçants.

Tannée.

La paix.

C’est ce que je retiendrai en ce rarissime 29 février qui me semble un peu trop familier à mon goût.

23 Réponses vers «Celle qui criait à l’aide…»

  1. Heinquoi à dit:

    C’est vraiment frustrant ton histoire.. Et pour cette femme et pour toi qui passe pour une conne aux yeux des flics, comme si c’était toi qui avait inventé cette histoire de toute pièce.. Je te comprends tellement là, m’est déjà arrivé aussi :-(

  2. Noisette Sociale à dit:

    @ Heinquoi : Ah, je sais que les flics ne l’ont pas crue. Mais si elle refuse de porter plainte, qu’est-ce que tu veux faire. C’est extrêmement frustrant. Puis comme personne ose jamais se mouiller, c’est tout le temps nous.

    On part bientôt… elle va bien finir par se faire tuer… Mais qu’est-ce que tu veux… :(

  3. Eric à dit:

    Je sais pas si tu passes pour une conne… les policier doivent connaître ce qu’est la violence conjugale et c’est un réflèxe connu que de renier les faits pour protéger leur chum. Elles sont pas capable de le quitter, elles sont accrocher à cette personne parce que ce dernier l’a convaincu qu’elle ne pouvait rien sans lui. Elle n’ira pas le dénoncer, elle en est dépendante. Il ne faut pas oublier la peur dans tout ca, elle sait que même si la police l’embarque, il va finir par revenir… C’est un cercle vicieux vraiment difficile à brisé. La violence envers les femmes est très grave, mais il n’existe pas de solution miracle. C’est quand même triste ton histoire…

    Vivement le nouvel appart pour que vous puissiez avoir un peu de paix!

  4. David Corleone à dit:

    Mon père est policier depuis maintenant plus de 30 ans et malheureusement, ces cas sont très fréquents, autant dans la métropole qu’en région.

    Malheureusement, tant et aussi longtemps que la femme refuse de porter plainte, les policiers ne peuvent rien faire. Triste mais c’est la réalité.

  5. Le Détracteur Constructif à dit:

    Oui, pour les intéressés… on a tout entendu le déroulement étant donné l’étonnante isolation des logements.
    Suite à cette histoire, mes collègues de travail m’ont demandé mon adresse, pour être certain de jamais venir dans le coin.

    C’est étrange parce que ce n’est pas la première fois qu’on fait notre devoir de citoyen responsable. Et chaque fois, on file coupable après. On nous fait sentir coupable. Comme la fois où on entendait un petit enfant crier, ça devait bien faire une heure. Nous avons même pas appelé la police, nous sommes nous-même allé cogner, pour se faire dire par un petit gars que son jeune frère ne voulait pas manger son repas ou je ne sais trop. On lui a dit “Ah ben tu sais après une heure faudrait peut-être arrêter de vouloir le forcer, nous on s’en allait appeler la police!”

    Quand les parents ont compris ce qui venait de se passer, on les a entendu gueuler de part en part de l’immeuble, par les fenêtres, dans le couloir. Se faire crier des noms pendant 15 minutes comme ça… Parce qu’on croyait qu’un enfant était en danger.

    Et quelques jours après, le petit garçon, parlant à son père, me pointait alors que j’entrais dans ma voiture. Je n’ai jamais été dévisagé de la sorte….

    Parce qu’on voulait s’assurer que son fils allait bien.

    Voilà sans doute pourquoi les gens se mêlent de leurs affaires, et qu’on laisse des gens se faire battre dans les rues, des gens se pendre dans leur placard et des femmes se laisser battre. Parce que la doctrine du laisser faire convient à tout le monde.

  6. lafelee à dit:

    Et puis, si au prochain appel à l’aide, personne ne lève le petit doigt et qu’on la retrouve morte au petit matin…
    Je pense que c’est le devoir du citoyen devant un appel à l’aide de faire -dans ce cas-ci- le 911.
    Puis oui c’est fâchant… mais tu fais ce qu’il faut.

  7. Noisette Sociale à dit:

    @ Eric : Le pire, c’est que c’est lui qui est dépendante d’elle. Il a pas sa citoyenneté encore, c’est elle qui l’héberge. Tu vois le genre?

    Sinon, je comprends le cercle vicieux… puis je ne le comprends pas…

    Comment ça se fait que moi, je sais choisir mes chums, hein? :-P

    @ David Corleone : Je sais. C’est l’enfer. Y’a beau avoir un tas de témoins, si elle accepte de se faire battre, y’a rien à faire. Qu’elle aie appelé à l’aide ou non. Décourageant.

    @ Détracteur Constructif : Très vrai et très triste tout ça :(

    @ lafelee : C’est ce qui va finir par arriver, c’est certain. Ben coudonc, c’est son choix, hein? :(

  8. Le Détracteur Constructif à dit:

    Y’a une maxime qui dit “Aide-toi toi-même” hein…

  9. Sylvain à dit:

    AAAAaaaah! Quelle histoire triste… Ne te sent pas coupable, si quelqu’un appel à l’aide, faut téléphoner aux flics!

  10. Davidg à dit:

    La prochaine fois, n’appelez surtout pas la police et envoyez UN OU IDÉALEMENT DES HOMMES cogner à la porte pour que le poufiasse cesse sa comédie de chantage émotif contre son chum batteur de femme.

    Ne t’en mêle plus Noisette! Une femme ne peut pas régler ce genre de problème.

  11. Davidg à dit:

    LA poufiasse

  12. Noisette Sociale à dit:

    @ Sylvain : Je ne me sens pas du tout coupable! Je suis juste écoeurée et révoltée. ;) Surtout qu’au bout du compte, c’est nous qui mangeons la marde car on a OSÉ faire quelque chose.

    @ Davidg : C’est encore drôle… J’ai vu nombre d’hommes intervenir dans d’autres situations du genre… puis la fille en détresse leur saute toujours dessus, toutes griffes sorties en leur criant de pas toucher à leur maudit chum.

    Je vais te dire, souvent, j’ai pas de pensées trop charitables envers ces maudites bonnes femmes.

  13. grizzlyadams à dit:

    T’as fait ce qu’il fallait, t’as pas à te sentir mal…

    Et aussi, juste un petit rectificatif: si les policiers se rendent compte qu’il y a bel et bien un de la bagarre (oeil au beurre noir, ecchymose, sang…..) ils peuvent selon leure jugement embarquer le monsieur même si madame refuse de porter plainte….

  14. Noisette Sociale à dit:

    @ grizzlyadams : En fait, je ne pense pas que mon fiancé voulait dire qu’on se sentait mal en tant que tel. C’est juste qu’on en vient à regretter. Parce qu’après, comme on nous soupçonne toujours (pour des raisons que je n’énumérerai pas ici), on se tape les regards haineux. J’ai déjà reçu ce qui ressemblait à des menaces de mort. C’est bien pénible.

    Puis les autres, ils se ferment la gueule en se disant que de toute façon, y’a sûrement les caves (nous autres) qui vont s’occuper d’appeler à leur place.

    Sinon, il faut croire que les policiers n’ont pas eu de jugement… car le monsieur n’a pas été embarqué.

    Je serais tentée de dire que c’est bien bon pour elle. Je suis tellement pompée.

  15. grizzlyadams à dit:

    Il faut dire que dans des cas de cette nature, les policiers « marchent sur des œufs » …Il y a des formes de violences qui ne laissent pas de traces physiques; donc rien à documenter dans une éventuelle poursuite qui pourrait être intentée contre eux d’autant plus que personne n’a rien vu de ce qui s’est passé….

    Je sais que c’est extrêmement frustrant, car moi aussi j’ai eu déjà eu des voisins qui se tapaient dessus.

    Pourquoi ne pas vous faire toi et ton chum une belle activité relaxante ce soir, histoire de faire baisser la pression

  16. Noisette Sociale à dit:

    @ grizzlyadams : Merci pour tes beaux commentaires :)

    On a pas mal notre semaine dans le corps. J’ai hâte qu’il arrive à la maison. On ne sortira probablement pas mais on va essayer de relaxer… si le cirque ne recommence pas ce soir ;)

    Que 10 jours avant la paix totale…

    Maintenant, je me demande comment on va faire pour la cession de bail. Je n’ai pas l’intention de mentir à ceux qui vont visiter… mais je vais pas en rajouter non plus.

    Si les voisins se battent en plus pendant la visite… :-P

  17. grizzlyadams à dit:

    T’as pas à t’en faire sur ce point. En bout de ligne, c’est le proprio qui légalement doit s’assurer de la tranquilité des lieux (d’ailleurs chez nous les voisins auxquels je faisais allusion plus tôt ont été expulsés après 3 mois)…..

    Pour le reste, comme tu le dis, ne fais pas exprès de trop commenter, demeure dans le général, et si on te pose des questions, tu peux dire qu’il n’y a pas encore eu de meurtres ;o)

    Hey passe une belle fin de semaine :o)

  18. Noisette Sociale à dit:

    Passe une belle fin de semaine aussi :)

  19. Délire à dit:

    Je peux comprendre la frustration. Ca m’est déjà arrivé et j’ai vu ma propre mère se faire tapocher pendant des années. C’est normal d’être découragé, mais je continue de penser qu’il faut apeller la police. J’aimerais mieux me faire regarder de travers par eux autres que d’avoir sur la conscience qu’une femme c’est fait crisser la volée de sa vie pendant que moi j’ai pas bougé. C’est sur que c’est plate qu’elles défendent leurs hommes mais je pense que de les traiter de pouffiasses DavidG c’est un peu fort non… Mon humble avis.

    Personne ne peut comprendre ce que ressent une femme battue à moins d’en avoir été victime. J’aurais été en criss moi aussi et déçu en mauzus de sa réaction. C’est normal. Te culpabilises pas pour cà. Vous déménagez bientôt, la paix vous retrouvez ;-)

  20. Y-man à dit:

    c’est toujours le problème du voisinage, si tu appelles et qu’elle ne veut pas porter plainte alors tu passes pour le gros méchant loup pour les deux colons. Si tu n’as droit qu’au regard ce n’est pas trop pire mais si le colon de service décide qu’il veut te faire chier, il peut te faire chier. Je me dit toujours que si un homme est assez fou pour frapper sa femme il est assez fou pour me frapper moi.
    C’est le devoir du citoyen d’appeler pour ce genre de problème mais c’est la responsabilité de la femme de quitter ce genre de situation même si une fois pris dans l’engrenage il est plus difficile de s’en sortir, cela reste que c’est elle qui choisit de s’aider ou non

  21. Noisette Sociale à dit:

    Quand tu reçois l’équivalent de menaces de mort, un moment donné, tu n’appelles plus la police. À un certain moment, tu en es rendu à risquer ta vie pour quelqu’un qui ne veut pas se prendre en main. Ça, c’est un peu moins drôle. Pour moi, traiter ces femmes de nom, ce n’est pas trop fort.

    Je sais que le débat est très émotif sur le sujet et c’est pourquoi je n’aime pas quand ça devient personnel. Je n’ai pas envie de modifier mon discours parce que ta mère, Délire, a vécu ça. Par contre, j’en suis profondément désolée.

    Mais au Québec, être à l’âge adulte, ou même pas, il me semble que c’est inné de trouver inacceptable de se faire battre.

    Vivement le déménagement… parce que là, ça s’en vient hardcore.

    Je ne pense plus appeler pour elle. Pas après ça. Ça fait trop de fois.

    Par contre, si c’était un enfant…

  22. Délire à dit:

    Je n’espère pas que personne change son discours. J’ai exprimé mon opinion tout simplement et si j’ai donné l’exemple de ma mère c’est que justement, je sais comment c’est frustrant de vouloir aider et que ca se retourne contre nous mais que je peux aussi comprendre certains comportements de l’autre côté.

    On a tous un point de vue qui diffère sur la chose mais je n’ai jamais voulu rendre le tout personnel. Désolé.

  23. Noisette Sociale à dit:

    @ Délire : C’est correct, au moment où j’ai écrit ça, c’était encore entrain de crier, j’étais pas mal à bout de nerfs. Désolée aussi ;)

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