Le pouvoir incitatif d’une précision sur un emballage
Les inscriptions que l’on peut lire sur les divers emballages de produits reflètent souvent les préoccupations sociales du moment. Les messages qu’elles contiennent s’inscrivent généralement dans le cadre d’une stratégie de marketing efficace qui consiste à manipuler notre esprit ou, en d’autres termes, à prendre le monde pour des caves. Là où un consommateur averti voit une insulte à son intelligence, il y en a au moins le double pour tomber dans le panneau, ce qui explique sûrement pourquoi cette pratique est aussi répandue.
Laissez-moi illustrer mon propos par un exemple concret.
Ces dernières années, la question environnementale occupe une place de plus en plus importante au sein des débats publics. Les campagnes de sensibilisation ont leur impact à différents niveaux et ont donné naissance à un certain éveil de consciences. À défaut de changer radicalement certaines mauvaises habitudes tenaces, on observe tout de même une multiplication de ce qu’on appelle des petits gestes verts. Si par le passé, des termes ou expressions tels que “biologique”, “biodégradable”, “certifié équitable” et “fait à partir de matières recyclées” attiraient les railleries, eh bien aujourd’hui ils ont la cote!
Alors voilà le tourbillon du Temps des fêtes qui s’amène en compagnie de ses amis fidèles, soit Surconsommation, Gaspillage et Stress. C’est là que plusieurs retombent dans les excès en tout genre sous le prétexte qu’on peut bien faire une exception vu le caractère sacré (prière de noter mon sarcasme ici) de la période des fêtes.
Pour mettre tout ça en lien, je vous suggère un scénario fictif qui pourrait vous être familier: “Monique a une énorme famille qu’elle compte recevoir chez elle pour le souper du réveillon. Elle est débordée par toutes les tâches ménagères qu’elle doit effectuer, sans compter son magasinage de dernière minute et l’ampleur de la nourriture à préparer. Elle compte servir un véritable festin à ses convives et multiplier les services. Par conséquent, elle se dit qu’elle se démènera bien assez comme ça sans avoir en plus à se taper une giga-montagne de vaisselle. Elle se sent fortement attirée par l’idée de se procurer de la vaisselle et des ustensiles jetables mais elle se sent partagée parce qu’elle est consciente que ce ne serait pas très “écolo”. Bah, elle se dit qu’elle peut bien faire une exception car après tout, c’est juste une fois dans l’année. Sur ces bonnes paroles, elle se rend donc à l’épicerie du coin dans le but de se procurer les articles jetables en question. Arrivée dans la section appropriée, elle se rend compte que quelques choix s’offrent à elle. Elle scrute les différents emballages et il y en a un qui attire son attention par une inscription mise en évidence sur le paquet qui indique que cette vaisselle de carton est entièrement recyclable. Sentant la bonne affaire, elle opte pour cette marque et se dirige vers la caisse avec un sentiment de devoir accompli et la conscience tranquille.”
C’est un classique qui démontre bien comment il est facile de profiter de la naïveté des gens. Notre Monique, le raisonnement qu’elle a fait, ça devait être quelque chose comme: “Ah! Ben, c’est de la vaisselle jetable mais ce n’est pas grave parce qu’on va pouvoir la mettre au recyclage quand on aura fini avec faque ça sera pas mauvais pour l’environnement.” Si elle s’était arrêtée deux secondes à aller au-delà de la simple inscription et à y réfléchir un peu, elle aurait bien compris que c’était une entourloupette! Ah, bien sûr, il est vrai que si on prend l’emballage, qu’on l’ouvre, qu’on sort les assiettes… et qu’on les met subito presto dans le bac à recyclage, l’indication à l’effet que cette vaisselle de carton est entièrement recyclable est vraie. Il n’a jamais été question de l’utilisation ou non du produit dans l’affirmation. C’est ce que Monique aura compris à la fin du repas en voyant ses belles assiettes de carton souillées par la nourriture qui n’ont pas leur place dans un bac vert.
Évidemment, il y a plein d’autres exemples où les gens se laissent berner. Je pense rapidement aux inscriptions sur les sacs de croustilles (entre autres) qui précisent qu’il n’y a aucun gras trans à l’intérieur. Dans certains cas, il n’y en avait jamais eu mais comme c’est la nouvelle cible de l’opinion publique, on a jugé qu’il pourrait être profitable d’en faire mention pour mousser les ventes. Dans d’autres cas, c’est la mauvaise interprétation par une catégorie de consommateurs qui croient que le fait qu’il y a 0g de gras trans, ça veut dire la même chose que 0g de gras, tout court.![]()
Encore une fois, l’importance de développer son esprit critique est un concept qui prend ici tout son sens.




Mercredi, 2 janvier 2008 à 9:51
Excellent billet. Ça me rappelle quelque chose
Il ne faut surtout pas oublier combien des gens, lisant l’indication “0 gras trans”, se diront “Je vais en acheter 2 sacs puisque c’est pas gras”.
C’est ça, la consommation intelligente……
Mercredi, 2 janvier 2008 à 1:05
Monique n’est définitivement pas une libre-penseuse. Je crois que ce sont les Monique qui sont le problème et pas les campagnes de publicité. ABOLISSONS LES MONIQUE!
Mercredi, 2 janvier 2008 à 4:38
J’ai peut-être pas rapport dans ce billet là, mais j’avais juste le goût de te dire que tu as une sacrée belle plume. Tes phrases sont bien structurées, pas de fautes et il est très agréable de te lire!
Bonne Année
Mercredi, 2 janvier 2008 à 6:01
Un autre excellent billet ma chère.. criant de vérité!
Mercredi, 2 janvier 2008 à 6:31
@Détracteur Constructif: Merci! Et c’est tellement vrai pour le truc des 2 sacs! Ça me fait tellement rire… et pleurer tout à la fois
lol
@Voyou du bayou: Abolissons-les!!! C’est vrai que ça serait plus simple d’abolir que de passer toute une vie à réussir à les conscientiser mais… je sais pas, je veux encore croire qu’il y a de l’espoir
@Heinquoi: Vraiment, merci beaucoup, je suis touchée! :oD Et je te souhaite une très bonne année 2008 en retour!
@Poussière d’étoiles: Merci :oD
Mercredi, 2 janvier 2008 à 8:04
au printemps dernier j’avais fait une petite recherche pour mon travail sur la définition de biodégradable et j’ai été surpris de constaté qu’il n’y a pas de définition officielle du mot BIODEGRADABLE au sens légal. Autrement tout peut être vendu avec la mention biodégradable parce qu’en bout de ligne tout finit par se dégrader, un sac de plastique prend 300 ans si je me souviens bien.
La seule définition que j’ai trouvé de l’Organisation Mondiale du Commerce est un produit qui se dégrade en moins de 30 jours mais cette définition n’est pas incluse dans une loi canadienne. Jusqu’à présent le SEUL produit de consommation que j’ai trouvé qui porte la notion de bio-dégradable et la savon liquide LaParisienne alors quand je vois un produit avec la mention bio-dégradable j’y regarde à deux fois. Même la définition de Eco-friendly-Environnementalement Bon me laisse perplexe parce qu’il n’y a pas de standards pour définir ce qui est bon ou pas. Ce n’est pas parce qu’une claque dans la face est moins pire qu’un coup de baton de base-ball sur la tête que cela signifie qu’une claque dans la face est acceptable
Jeudi, 3 janvier 2008 à 6:18
” Ce n’est pas parce qu’une claque dans la face est moins pire qu’un coup de baton de base-ball sur la tête que cela signifie qu’une claque dans la face est acceptable ” HAHA! Bon sang que j’ai ris! Mais tellement vrai! Tout comme cet article d’ailleurs!
Ce que je trouve dégueulasse là-dedans c’est bien que le marketing est une espèce de machine qui se fout totalement de nous le 3/4 du temps. Une connaissance qui étudiant en administration renommais son cours de marketing comme étant son cours de ” Apprendre à comment crosser le monde “… j’ai jamais trouvé une meilleure définition pour le terme marketing jusqu’à maintenant. Ton article en ait la preuve. “Si l’argent est au bout du résultat, la manière de s’y rendre, on s’en fout!” D*mn it.
Jeudi, 3 janvier 2008 à 11:07
@Y-man: C’est très vrai ce que tu dis à propos de tout le flou qu’il y a autour de la mention biodégradable et de la difficulté de savoir ce que ça vaut vraiment lorsqu’il y a une mention du genre. On a un peu le même problème avec ce qui se dit biologique ou encore, “fabriqué au Canada”. Dans ce dernier cas, si je ne me trompe pas, si la dernière étape de production a été fait à x endroit dans un pourcentage y, même largement inférieur à 50%, on peut dire que ça a été fabriqué à x endroit.
Sinon, t’as vraiment le don d’utiliser de drôles d’images pour illustrer ton propos! LOLLLL
@ Claudia: Ah oui, pour ce qui est de la définition que tu apportes par rapport au marketing, c’est très vrai! Par contre, si je m’insurge contre les pratiques commerciales qui se foutent de notre gueule, je m’insurge tout autant contre le comportement passif et le manque de perspicacité d’un trop grand nombre de consommateurs. Il y a deux coupables dans cette histoire et ça me désespère autant d’un côté que de l’autre
Sinon, merci d’être passée ici 
Jeudi, 3 janvier 2008 à 12:29
@ noisettesociale: Je comprend ta frustration et ta vue des «deux coupables». Mais personnellement, j’ai beaucoup plus de mépris envers la machine du marketing et ceux au comportement passif que ceux qui manque de perspicacité: les deux premiers sont pleinement conscients des conséquences, mais s’en foutent. Quant au dernier cas, ils sont peut-être conscients (ou pas du tout) et n’ont pas vu le piège semé par le système, car fort probablement (pour ne pas dire jamais car il y a des gens passifs ;] ) qu’il n’agirait pas de cette façon lorsqu’ils se retrouveraient devant ce problème. La connaissance et l’esprit critique ne sont pas donnés à tout le monde, malheureusement. Mais ce sont grâce aux exemples comme celui de Monique que certains réalisent ENFIN qu’ils doivent prendre un petit 5 secondes de réflexion avec de faire une action et qu’ils développeront davantage leur esprit critique. Tentons de rester indulgent et patient envers les autres; question de garder une bonne santé mentale à force d’être frustrée de nos semblables! Haha!
Sinon, j’aime bien ton blog. Agréable à lire. =]
Vendredi, 4 janvier 2008 à 3:10
J’étais au courant de l’arnaque ” sans gras trans”
mais depuis la lecture de ton blog hier…
je remarque TROP toutes les mentions .
Je peux ainsi affirmer avoir mangé deux carrés de sucre à la crème sans gras trans….
… tsé une fille pri-vi-lé-giée!
Vendredi, 4 janvier 2008 à 3:23
@ Poussière: Ouin ouin, y’en a qui veillent tard aussi
Sinon, je trouve ça très drôle!
Jeudi, 10 janvier 2008 à 3:34
Ça me rappelle une émission que j’ai vue à TVA hier où une cruche travaillant dans le milieu de la mode nous présentait son manteau de fourrure en spécifiant à quel point il est merveilleux et impératif de se procurer de la fourrure parce que : “C’est biodégradable et durable”(sic)
J’ai failli faire une crise de coeur.
Jeudi, 10 janvier 2008 à 3:50
@ Jésus : Y’a de quoi! Y’en a qui se rendent vraiment pas compte…. Sont vraiment pas au courant…